Le retour à Paris est difficile, on ne passe pas d’un monde à l’autre aussi facilement qu’on le souhaite. Il est plus facile d’aller vers les autres que de revenir de chez les autres. Lorsque l’on rentre chez soi les souvenirs ne se sont pas encore sédimentés. Le passage d’une réalité à l’autre est d’autant plus complexe que l’environnement est opposé, le phénomène de séduction exercé par la nouveauté du lieu visité produit un sentiment critique à l’égard de celui qui nous est quotidien.

Comment, au lendemain du retour , expliqué l’affligeante déception que j’éprouve à l’égard de cette France qui se déchire à coup de banalités dans un combat politique dont l’issue déterminante la conduira ou pas sur le chemin du progrès. Ici, J’entend par la notion de progrès une évolution qui tend à améliorer les processus de la vie sociale.
Il faudra d’abord que l’on m’explique pourquoi dans ce pays lorsque je demande en terrasse une Badoit, le serveur ( et je n’aime pas ce mot ) me répond « Ah non ! la Badoit c’est uniquement pour déjeuner » Pourquoi ailleurs, le même jour, dans une librairie bien connue du Cinquième arrondissement la responsable des ventes m’a fait la gueule parce que je lui demandais un reçu pour seulement 21 €, et que, s’apercevant elle même de sa mauvaise volonté elle cru bon d’insister en appuyant son au revoir d’un air de dire « pauvre mec, t’en es à 21 euros près ! »

Je repense à Marrakech, dans ce pays brûlé par le soleil, à peine sorti du moyen âge, où les conditions de vie restent souvent primitives, où le travail est encore mal récompensé, où il faut se battre pour vivre, Pas une seule fois à Marrakech on m’a fait la gueule. Les gens ont été non seulement aimables, charmant et serviables, mais j’ai tout le temps ressenti leur envie de communiquer avec moi, de me remercier de venir découvrir leur pays, de sourire lorsque je les ai sollicité, d’être par principe attentifs à de mes envies, et de ne pas m’en vouloir lorsque je n’étais pas intéressé par leurs propositions. Les pauvres Berbères des montagnes, ne se sont pas montrés agressifs, lorsque traversant trops vite leur village, nous n’avons pas acheté des souvenirs. La gentillesse a tracé une voie bien large tout au long de mon séjour, et la tristesse, l’inquiétude et le reproche des gens semblaient réels, après les tentatives d’attentats à Casablanca.

Il faudra que les Français sachent d’abord pourquoi il font toujours la tronche quand il travaillent !