Le trou entre le périph et Neuilly, L'Espace Champeret à beau rénover sa devanture, rien n'y fait, il reste un trou. Le Salon d'Automne n'a donc pu trouver qu'un trou pour exister, événement purgatoire pour les artistes avec une étiquette historique de «salon des refusés.»

Il faut donner du sens à toute entreprise et se démarquer, le salon d'automne travaille la contradiction, joue la polémique avec les institutions, se démarque par le refus du marché qui lui même l'ignore, dénonce de manière paranoïaque, le complot Américain qui utilise l'art comme un réseau d'influence, fait la promotion d'une perspective stalinienne de l'art, le samedi pour revenir à un conservatisme obsessionnel le dimanche (Comte-Sponville).

Reste que tout cela part d'un bon sentiment, en marge des grandes manifestations, du marché et des crédits institutionnels, il reste une place pour ceux qui rament et qui recherche un public, si non des acheteurs. Le même événement, qui exclurait le ressentiment pourrait être un tremplin, ce qu'il était à l'origine, pour les talents laissés pour compte, à condition d'une large ouverture aux très jeunes (les 19 -25 ans) et de faire de la place à ce qui font non pas le progrès mais le futur inévitable, les technologies parce qu'elles sont aussi un mode d'expression.

Ceci dit comme dans tous salons, et c'est le principal, entre artistes, on discute, on picole, voilà là une vraie une raison de se retrouver.

Deux artistes issus des beaux arts ont donné à cette événement une note de modernité dans un océan de déjà vu.



Levallois – Perret exposait ses artistes, Diadji Diop présentait une sculpture monumentale qui a suscité l'intérêt de tous. Avec «  je nage dans le bonheur » une installation en résine peinte en rouge, représentant le buste d'un nageur de crawl, sur du gazon. Diop fait un rêve surréaliste dont le sens universel est donné par la couleur de l'oeuvre, le rouge est celui de cette chaire qui nous fait humain, quelle que soit la couleur de notre peau, sous celle-ci se trouve un dénominateur commun.
Il faut un certain courage pour travailler la résine qui est un matériel toxique, Nicky de Saint Phalle a payé de sa vie l'utilisation de cette matière. C'est peut être son artifice qui la rend fascinante, ce pouvoir du rigide, une gelée qui durcit et donne à l'œuvre. une immortalité plastique en faisant de la forme pérennisée une trace indélébile, voir polluante donc bien réelle.



Deuxième présence passée en visiteur, par hasard parce qu'il y a avait de la lumière, Myrtille Chartuss qui n'exposait rien d'autre qu'elle même, nous a bien fait marrer.

Myrtille est un condensé de ce que doit être l'art, Plasticienne humoriste au théâtre, écrivain et concepteur multimédia, son travail développe avec force, la dérision de soi, la critique du réel, la métaphore plastique. Un mélange décapant, explosif et littéralement rafraîchissant. Pendant que les idolâtres plasticiens du marché... s'évertuent dans la formule, voilà enfin quelqu'un qui tourne la page avec l' académisme chiant du concept, j'emmerde les gendarmes...t'as raison Myrtille, c'est plus là que ça se passe, mais sur la toile et sur les planches. Ça sent bon Boris Vian, Gilberte and Georges, le collage surréaliste, je pense à Joséphine Baker, Jean Cristophe Averty, Kiki Picasso, Alain Pacadis... mais ça c'est l'histoire et Myrtille est bien vivante.

On aura aussi remarqué la présence du sculpteur grec Constantin Andréou,installé un moment en France, décédé en Grèce en 2007, ses sculptures monumentales et sa technique de soudure ont été un modèle pour César qui se forma auprès de lui. L'œuvre d' Andréou est à bien des égards remarquable par une écriture qui n'est pas sans rappeler celle du peintre français Mathieu. C'est Imbroglio des tracés, d'entrelacements au profit d'une forme matrice qui définit le sens de la sculpture inspirée à mon avis du Totémisme et des primitifs.

Et voilà...