samedi 12 septembre 2009
Septembre, Paris, la rentrée des galeries
Par Patrick Jelin, samedi 12 septembre 2009 à 23:29 :: agenda
Vendredi 11 Septembre 2009
En bordure de la forêt à la sortie de Coye-la-forêt, s'est installée la galerie Suty dont les collections sont constituées d'artistes plutôt décalés au regard de ce que l'on trouve habituellement dans un petit village de province. Très éloignées des figures d'une esthétique rurale qui font généralement le fond de commerce des officines d'art. Il a fallu un grand courage, de la provocation et du talent pour développer ici une activité généralement mise en valeur dans les quartiers branchouilles de la capitale. Mais Yves Suty, fait justement remarquer, qu'un collectionneur ira là où se trouve sa passion et qu'en réalité ses affaires n'ont rien à envier à ses collègues du Marais.
Quand au public de passage, je devine qu'il est amateur de marche dans la nature, et ne peut qu'être ravi de cette inattendue rencontre.
Samedi 12 septembre 2009

Très tôt ce samedi matin, avant la cohue des vernissages de la rentrée qui aura lieu dans la soirée, je me rend rue Saint-Claude en compagnie de Richard Zrehen. Je retrouve à la galerie Alain Gutharc des oeuvres de Anita Molinero qui m'avait étonné l'an passé à la biennale du Havre.
La violence est ici à l'ordre du jour, elle est celle des matériaux, des techniques, des formes. Le plastique fondu au chalumeau, les résines, les caoutchoucs, les verres fondus prennent des accents « Mondrianesques » et participent à l'évolution d'une esthétique d'une urbanité sauvage. Les containers à ordures ménagères s'imbriquent dans un pneu de tracteur et résonnent comme l'aveu de l' impuissance écologique.
De manière totalement subversive, ces matières plastiques in dégradables, ces armatures métalliques du béton armé sont un véritable pied de nez à la question de la conservation de l'art, et encore plus à ceux qui critiquent la forme sur les critères formels d'une raison liturgique. Au contraire, je vois dans ce travail, la force achevée d'une expression parfaitement physique et libératrice, car on ne travaille pas la résine et on ne fréquente pas la toxicité des caoutchoucs fondus sans risque, et je devine toutes les tensions corporelles qui sont en jeux dans un but évident de témoignage de son époque. Il faudra rencontrer un jour Anita Molinero.
5, Rue Debelleyme chez Karsten Greve, Luise Unger joue une subtile illusion avec le visible et l'invisible, l'intérieur et l'extérieur. Dans cette oeuvre, on souffre d'une émotion totémique qui prend sa source dans les formes héritées visiblement des primitifs ou de la sagesse Zen. L'artiste joue avec l'acier, le bois, le coton, des éléments fluides et flexibles, du fil de fer en maillage, mais aussi de la cendre. C'est la transparence qui compose l'essence des oeuvres, communiquant ainsi une émotion tranquille, rassurante.
Takashi Murakami

Dans mon mail précédent, j'avais écorché Warhol parce qu'il y en a vraiment marre de cette référence maniériste faite à tout bout de champ. La fondation Cartier fera cet automne son cheval de bataille du Street-art ! Demandez donc à tous ces babas qui s'étonnent devant un graffiti coloré ( quelque soit son degré de complexité ) s'ils connaissent Ernest Pignon. Donc faut bien faire son beurre et quand on est marchand et que de plus on a des frais, pas facile de se mettre au goût du jour sans passer pour un faiseur.
Le pari d'Emmanuel Perrotin d'organiser une exposition de Takashi Murakami n'est pas facile, car s'il a de l'espace à revendre, le nombre d'œuvre présentées, les formats, la sobriété de l'accrochage exigée, la nature formelle des œuvres, font un imbroglio que seul généralement un musée d'art contemporain peut se permettre.
Dans la scénographie de cet accrochage, quelque chose me rappelle l'exposition de Matthews.Barney, au musée d'art Moderne, c'est une présentation terriblement hégémonique, territorialiste.
Murakami développe une impressionnante et incroyable productivité multiforme, une ramification rhizomique qui se développe aussi bien dans la peinture que la sculpture, la vidéo et produit un perfectionnisme de l'exactitude fondatrice de son style. Il est difficile d'imaginer que ce formalisme soit hérité d' Hokusaï.
Murakami fait un témoignage hallucinatoire inspiré des expériences psychédéliques, ce n'est pas seulement le délire d'un japonais imprégné de sa culture, c'est le miroir d'une époque qui déborde d'un vitalisme dérangeant, critique et attendrissant.
S'il est certain que Warhol a influencé ce travail c'est à l'égal, de Jeff Koon, par un savoir faire marketing décomplexé, nul doute que tous les traders de Paris, apprécieront et s'empresseront d'accrocher au minimum une litho à 500 €uros dans leur salon.