dimanche 30 mai 2010
Rachel Lévy, les hortensias
Par Patrick Jelin, dimanche 30 mai 2010 à 21:52 :: Carnet de bord

Galerie Grillon - 44 rue de Seine - 75006 - Paris - Tel 01 46 33 03 44 - Jusqu'au 12 Juin 2010
J'ai rencontré Rachel Lévy il y a quelques semaines en allant au vernissage de Philippe Jeantet. Nous avons parlé photographie avec une passion très professionnelle. A la suite de cette soirée j'ai eu envie d'en savoir plus, le désir de découvrir la sensibilité d'une femme photographe, de trouver un univers qui laisse passer une perception particulière,inimitable par une histoire, son appartenance « au féminin ».
Donc rue de Seine, très tôt samedi dernier j'ai commencé par la galerie Grillon ou l'exposition des photographies de Rachel a commencé le jeudi 27 mai dernier.
C'est un univers très classique qui pour une fois n'est pas un « White Cube »avec des murs habillés de bois plaqué, d'étagères et l'espace est occupé par une table ronde qui permet d'étaler les estampes du XIX. Deux vitrines avec un habillage de bois clair donnent sur la rue face à la « la Palette ».
Une atmosphère d'un professionnalisme serein conforte la décision de s'y arrêter un moment
La dualité du travail de Rachel Lévy exposé est tout à fait surprenante. D'un côté des prints noirs et blancs contrastés, présentent les ombres floutés de fleurs, de branchages et de fleurs indéfinissables se dressant dans des vases en verre qui laissent la transparence dessiner des arabesques graphiques étranges, inquiétantes, improbables.
A l'opposé, la série des hortensias en couleur révèlent une perception précise, colorée presque anthropologique de cette magnifique fleur qui habituellement orne les balcons de nos maisons, et que l'on retrouve un peu partout comme un lieu commun.

L'hortensia est étrangement complexe, à la fois plante, fleur, bouquet, c'est un cadeau, une décoration de jardin il rempli l'espace d'une fraîcheur rassurante de sa couleur rose tendre ou blanche.Il joue « arsenic et vieilles dentelles » en nous rappelant les visites et les repas de famille chez « mamie » où l'on se présentait devant les parents, à la porte d'entrée, caché derrière deux grosses boules de couleurs. Etrange hortensia qui prend d'inquiétantes couleurs couleurs violacées et fanées devant l'entrée des maisons corses, couleurs du clan, couleur du prêtre, couleur de la mort.
Dans ces images de fleurs, la transparence est présente comme une obsession qui participe à la construction d'un jeu d'écriture. Elle associe la lumière et le contraste du tirage sur fond blanc donnant à l'objet photographié une intense présence qui révèle son essence. Mais à y regarder de plus près, c'est la douceur des demi tons qui façonnent la présence de la fleur. qui apparaît séchée comme une « éternelle » dont on ne sait plus très bien si elle est artificielle ou réelle.
Comme des estampes sorties d'une encyclopédie ancienne,les photographies de Rachel Lévy ont un pouvoir hypnotique qui interroge notre idée de la perception.Elles développent une sensibilité qui n'a rien à voir avec celle de __Cheyco Leidman__ qui expose des tirages anciens et récents Galerie de l'Europe au 55, de la rue de Seine
En 1980, j'avais aimé ces images agressives aux couleurs violentes, où les femmes hyper-sexy perchées sur des talons aiguilles, aux ongles rouges vifs jouent sur un décor américain: vitrines , bagnoles, et ciels bleu dur, macadam, piscines, palmiers, tous les symboles d'une Amérique mythologique qui s'étale à l'ouest. Liedman développait à l'époque un univers pop, d'un hyper réalisme grotesque presque surréaliste.
Les oeuvres récentes de Cheyco Liedman sont nettement plus violentes, plus agressives et présentent le portrait d'une société hanté par la violence, des images qui renvoient aux névroses et déviances d'une humanité en liquidation.

Galerie de l'Europe - 55 rue de Seine - 75006 Paris - Tél 01 55 42 94 23 - Jusqu'au 26 Juin 2010