A l'age des culottes courtes, je passais mes vacances dans un petit village de province où la vie semblait s'écouler sans trouble et sans stress. Le Déluge est près de Méru dans l'Oise, avec des fermes et des habitations regroupées autour de l'école, de l'église, de la mairie et du monument aux morts de la grande guerre. Le 13 juillet, on défilait avec, un lampion au bout d'un bâton, en suivant la fanfare menée par le garde champêtre battant tambour. Un bal faisait tourner les robes à fleurs aux manches gonflantes, au milieu des pétarades déclenchées par des gamins qui se planquaient pour fumer dans le noir les horribles P4. On vivait " la guerre des boutons " le film de Yves Robert.

Le lendemain tous le village se retrouvait autour du monument au mort, le maire déposait une gerbe, baragouinait deux mots, puis tout le monde filait vers le pré haut de l'école où une kermesse était organisée. C'était la fête du saucisson, du pâté de canard et du Pinault noir, on parlait énormément vélo. Au centre de la cour de l'école s'élevait un mat en haut duquel le plus débrouillard des adolescents allait s'emparer d'un magnifique jambon en s'attribuant du même coup les regards tant esperés de la plus belle fille du village. Le jour suivant le calme revenait, le bar tabac redevenait le centre unique d'une agitation incertaine.

Il reste encore des villages comme celui de mon enfance, mais le bar-tabac n'y est plus, ce n'est plus rentable, le boulanger est parti s'installer en ville, les maisons semblent vides, l'église tombe en ruine, les jeunes ont rejoint la ville. Comme à Mélisey on continue à faire comme si...